FAUST

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Texte de Christopher MARLOWE

Synopsis

Créée entre 1588 et 1592 (première publication en 1604) la pièce relate le destin d’un savant, Faust, déçu par le dérisoire de la connaissance devant l’insurmontable finitude de l’homme. Faust contractant un pacte avec le diable Lucifer, va vendre son âme pour vingt quatre années de jouissances terrestres. Lucifer met alors à son service un de ses Esprits – Méphistophélès, lequel va répondre à tous ses désirs. L’histoire retrace sous forme de tableaux quelques événements qui séparent le moment où Faust décide d’abjurer la science et de choisir la magie et celui, vingt-quatre ans plus tard, où Lucifer vient réclamer son âme.

L’auteur

Christopher MARLOWE, l’auteur de La Tragique Histoire du Docteur Faust, est un personnage presque aussi mythique que son héros. Contemporain de Shakespeare, il nait en 1564. Poète et dramaturge talentueux, supposé espion de la Reine Elisabeth, grand amateur de vin et de garçons, intellectuel proche des milieux de libres penseurs, Marlowe fut assassiné à 29 ans lors d’une mystérieuse rixe dans une taverne. Cet enfant terrible de la période élisabéthaine affiche une prédilection pour les héros ambitieux qui n’hésitent pas à défier l’ordre divin pour affirmer leur volonté de pouvoir ou de savoir.

 

Note d’intention 

Que cherche Faust sinon la complétude ?

Aprofondir le mythe de Faust afin d’aborder la notion du bien et du mal, celle de la conscience, mais également celles du désir et du pouvoir… C’est pour creuser plus avant ces questionnements déjà approchés dans d’autres mises en scène (Festen, Stalker, Ivanov, Quelqu’un pour veiller sur moi, Les Tentations de St Antoine…) que j’aimerais monter l’histoire de Faust à travers les œuvres mêlées de Marlowe et Goethe.

Toutefois, si le sujet paraît pour le moins dramatique, le texte donne également dans le comique. Marlowe en particulier traitait ses pièces avec un sens achevé de la respiration entre drame et comédie, à la manière de Shakespeare, son contemporain. Or cette capacité à passer de l’humour au drame reste pour moi essentielle à tout choix de texte théâtral.

La problématique de Faust est bien connue : il vend son âme pour retrouver sa jeunesse engloutie par les études. Mais en fin de compte que cherche Faust sinon la complétude ? Lui qui toute sa vie a méconnu le monde des sensations car, comme le dit Méphistophélès  « Chez ce fou rien de terrestre, pas même le boire et le manger ».

Dans cette interprétation, on pourrait supposer que Faust renonce à sa vie passée et sclérosée pour partir à la recherche d’une part de lui encore inconnue, à la fois terrifiante et irrésistiblement désirable, « diablement » désirable, qui lui apporterait enfin la complétude. Et Faust bien loin d’être coupable de chercher le simple assouvissement de ses désirs refoulés, serait alors au contraire très justement attiré par cette part encore sombre, inhabitée, inexplorée de lui-même. Méphistophélès, le tentateur, ne serait alors que l’incarnation de cette pulsion libératrice une voie d’accomplissement qui pourrait libérer toutes les potentialités de Faust, une sorte d’investigateur qui aurait pour rôle de brûler tous les ponts le reliant à son ancienne vie sclérosée.

Pourtant Faust se fourvoie, son approche des plaisirs et du pouvoir l’infantilise (la potion de la sorcière va lui permettre de rajeunir…). Ses désirs deviennent impétueux et irréfrénables, et la culpabilité l’envahit de manière cyclique, car le rôle de Méphistophélès est pour le moins dévastateur. Ainsi loin de l’amener à la complétude, il fait se perdre Faust dans un monde qui l’enivre autant qu’il l’insatisfait.

Faust sombre alors dans le désespoir d’être déchiré entre ses désirs inconciliables, et vit en lui-même l’enfer, non dans un lieu mythique empli de flammes, mais tel qu’il se l’est construit mentalement.

 Loin de vouloir affirmer que le désespoir est la conclusion inévitable de ce déchirement intérieur que chacun peut connaître, je voudrais à travers l’histoire de Faust montrer comment il est possible de choisir d’incarner dans ce monde, de manière délibérée son paradis ou son enfer, à travers une imagerie mentale peuplée de rivalités entre anges et démons…intérieurs.

 Sylvie CLEYET, metteur en scène

 

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